Un souffle d'espérance par Monia


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L'ange déplia ses ailes diaphanes, suprême d'élégance et d'exquise vertu...

La Terre l'aspira en ses volutes dorées... Le messager divin disparut.

L'échelle ébouriffa le chanvre de ses marches que tu gravis avec allégresse,

La plus haute nuée sourit en ses franges dorées... Borâq hennit de détresse.




"Elu de Dieu !" gémit-il tristement : "Me voici condamné à l'éternelle captivité...

Car la descente m'est interdite... Je ne puis plus te suivre en tes escapades enchantées !

Au bruit furtif de ton départ, mon âme pleure et se teinte du voile gris de l'incertitude...

Resteras-tu avec tes compagnons ? M'abandonneras-tu un jour aux griffes cruelles de la solitude ?



- Gentil cheval" murmuras-tu, grisé par les senteurs tenaces et fruitées de la forêt...

"Noble et divin étalon... Toi qui fus le fidèle ami du Prophète Mahomet !

Puisque Dieu te contraint pour longtemps à demeurer en ce sublime et saint nuage...

Permets que je regrimpe sur ta selle féerique et t'offre mon coeur en un ultime gage !




Regarde ! Il sort de ma poitrine et, coquin, s'enfuit palpiter à l'ombre roucoulante du ruisseau !

Déjà il étire ses pointillés vermeils pour s'en venir ramper au liseré givré de tes mignons sabots !

Un petit bond et c'est à ton flanc neigeux qu'il s'accroche comme indocile liane de lierre...

Puis, il s'immobilise enfin pour finir enlacé aux jolies boucles de ta folle crinière !




Créature du Tout-Puissant ! Toi à qui je dois l'enivrement subtil de la vie céleste...

Toi qui fus mon sauveur... Nous voici unis à jamais par la tendre signification de ce simple geste !

J'en éprouve si grande joie que je voudrais souffler un message vers les festons d'azur de l'étoile de vie...

Comment m'y prendre cependant ? Le jardin ne recèle ni plume ni encrier en ses recoins fleuris !"




Un bruit t'interrompit... Borâq inclina la tête vers la nuée violette du milieu,

Assis en ses replis joufflus, tes compagnons t'appelaient sur la topaze enchâssée des cieux...

Une colombe apparut, qui de son bec fragile, picota un raisin à l'abri d'une treille...

Borâq se tourna vers toi... Le zéphyr chuchota sa chanson plaintive au creux de son oreille.




"Elu de Dieu" s'inquiéta l'étalon... "Tes amis sont là qui ont en leur possession le nécessaire d'écriture...

Pour atteindre leurs mains, il te faudra chuter encore sur le coton moelleux de leur écharpe obscure...

En cette Nuit du Destin, je ne pourrais endurer une nouvelle séparation...

La lassitude me guette en se repaire glacé, ami... J'en ressens déjà son maléfique frisson !




- S'il en est ainsi" répondis-tu : "J'attendrai l'aube de demain... Je n'irai pas me joindre à eux...

Rien ne presse vraiment d'ailleurs... Je préfère admirer l'éclat surnaturel qui brille au fond de tes grands yeux...

Cependant... Où préparer mon message sans le matériel nécessaire ?

Toi qui me connais bien, tu devais savoir les flots d'écriture que je déversai sur Terre !




- Fils de Lumière" susurra Borâq... "Il n'est de plus belle encre que le noir velouté de la nuit...

Ni de meilleur papier que celui déchiré à l'écorce froissée d'un vieil arbre endormi !

Et quel plus fin crayon que le roseau taillé en pointe au sable crissant d'une belle dune ?

Quant à la rédaction elle-même... quoi de mieux pour l'éclairer que la pâle lueur de la lune ?




La Reine des fourmis courut à la clairière et s'en revint avec l'indispensable outillage...

Penché sur ton genou, avec application, tu rédigeas enfin les lignes de ton précieux message...

Le Roi des oiseaux attendit ton sourire pour le porter sur les crêtes éthérées de l'Esprit du vent...

La ligne d'horizon baissa la tête... L'atmosphère avala la lettre goulûment.




Tu la vis s'envoler, se diviser, planer au sommet de la Tour Eiffel et sur les pics glacés de l'Hindou Kouch...

Les hommes et les femmes de la Terre la reçurent en plein coeur... Borâq s'allongea sur la soie de sa couche...

Egaré en la brune immensité du ciel, tu lui fis part de tes désirs...

L'animal t'écouta gravement, clignant ses cils cendrés pour ne pas s'endormir !





"Homme de vérité" bâilla-t-il tendrement : "*Désormais tu es libre d'errer comme il te plaît...

Le jardin de Dieu est tien... Tu peux en enjamber les poudreuses nuées...

Ainsi, tu connaîtras des gens de différentes races et d'autres religions...

Mais pour l'heure, le sommeil m'envahit... Enroule-toi en mon giron !"




Le cheval ferma ses paupières lourdes et renifla les pétales suaves d'un minuscule bouton d'or...

Tu le sentis apaisé, confiant, heureux de ton bonheur... Très délicatement, tu te blottis contre son corps...

Il en serait ainsi pour ce soir fabuleux et toute l'éternité des autres nuits futures...

La lune s'éleva dans l'esclarboucle naissante de l'obscurité... La forêt s'assoupit d'un fragile murmure.








Fini d'écrire le 21 août 2002


Monia



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