L'homme-oiseau par Monia


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HOMMAGE



AUX ENFANTS D'AFGHANISTAN ET D'AILLEURS QU'ILS SOIENT CROYANTS OU NON !



9 septembre 2001 : Le terrible et ignoble attentat qui a coûté la vie à l'homme exceptionnel et profondément bon qu'était le Commandant Massoud a empli de tristesse et de révolte tous ceux qui le connaissaient mais aussi tous ceux qui, par la faute impar
donnable des médias occidentaux (à l'exception de Christophe de Ponfilly et de ses amis), n'en ont jamais eu l'occasion.

Ce conte fantastique qui lui est dédié ainsi qu'à tout son peuple, se veut différent dans le sens qu'il retrace, à l'exception du premier poème qui le dépeint vivant, les premiers pas du "Fils de Lumière" vers la vie éternelle.

Dans ce récit totalement imaginaire, écrit pour apporter un peu de consolation aux nombreuses personnes qui pleurent sa perte cruelle, le rôle des animaux mythiques (tel Borâq, le superbe étalon du Prophète Mahomet, mais encore les oiseaux et les fourmis
) n'est pas négligé.

Le lecteur trouvera en ce recueil de poésies bien des simulitudes entre les différentes religions. Peut-être un petit pas de plus vers la tolérance et le respect de l'autre et de ses différences.

Puissent la famille, les amis, le peuple et tous les admirateurs du "Porteur de Lumière" trouver un peu de réconfort en cette fable où les noires notions de politique, de haine, de fanatisme, de guerre et de malheur ont été volontairement exclues...

Ceci afin de laisser libre accès au songe et à la féérie dont notre monde manque si cruellement et de montrer la beauté de la religion musulmane - une foi si hâtivement et dédaigneusement dénigrée de nos jours.

Avec un respect infini pour le peuple afghan et tout autre peuple souffrant de préjugés raciaux ou religieux.


Monia



L'HOMME-OISEAU



Tu naquis en pays farouche où les monts se confondent avec le ciel,
Tout près de l'Hindou Kouch, en verte vallée, toute perlée de soleil.
Contrée étrange, royaume de djinns vampires et de livres mystérieux,
Pièges impitoyables pour qui s'y aventure avec esprit curieux.


Tu fus homme avant tout, certainement pas Dieu
Mais élu de Lui cependant, tu en avais les yeux.
Le Prophète t'insuffla sa foi et sa patience aussi,
Une muse des cieux te perça le cœur d'une flèche de poésie.


Tu ne choisis pas ton destin, c'est lui qui te choisit
Il ne pouvait en être autrement, Dieu en avait décidé ainsi !
Toujours en quête d'absolu, tu suivis ton pénible chemin
Sans une plainte, humblement, avec la résignation d'un saint !


La nuit, les étoiles apitoyées, te faisaient rempart de leur lumière,
S'enroulant autour de tes souliers, les caressant de leurs folles crinières,
Rousses et échevelées comme gazelle que le chasseur met aux abois,
Fidèles, elles poursuivaient leur course, s'accrochant à tes pas.


Entouré de leur doux éclat, obstinément, tu persévérais
Franchissant les cols ardus des montagnes, parcourant les vallées.
Indifférent à ton corps brisé qui quémandait repos,
Insensible à la morsure de la bise qui te glaçait le dos.

Et nuées s'ouvraient qui déversaient sur terre des torrents de feu
Te contraignant à fuir toujours plus loin, à t'abriter en quelque autre lieu.
Moine-soldat, toujours flanqué de rudes compagnons,
Mais solitaire en ton combat, promenant ton idéal au bout de ton bâton.


L'été, les arbres du Panjshir revêtaient leurs habits de verdure
Assis à leur ombrage, rêveur, tu contemplais leur magnifique parure.
Homme-poète, homme de paix, homme-enfant, homme-oiseau,
Tu t'extasiais du chant d'un mainate, de la couleur ambrée d'un abricot.


Les rugissements du fleuve, s'engouffrant dans les gorges, te fascinaient
L'onde te semblait porteuse de paroles perdues et de secrets étouffés.
Parfois, pour tenter de les deviner, tu te risquais à y plonger la main,
Tu en retirais une myriade de gouttelettes, autant de messages divins.


Rieuses et légères, les perles d'eau miroitaient de merveilleux reflets,
Virevoltaient à ton poignet, se muaient en un précieux chapelet.
Subjugué par l'écume qui les dentelait, tu t'abîmais en une ardente prière,
Véritable océan d'amour dont les vagues s'en venaient mourir tout au creux de tes lèvres.


De ton cœur pur jusqu'à l'abnégation jaillissait le flot de ta bonté,
Tu ne demandais rien pour toi si ce n'est la simple force de continuer.
Les mots sacrés s'enracinaient en ton âme, l'illuminaient d'une claire piété
Transcendant ton beau visage tourmenté d'une splendide aura de rosée.


Le soir, dans une bergerie, à la lueur d'une lanterne pâlissante,
Tu évoquais sans crainte la mort, tapie en sa tanière malfaisante.
Tu la savais inéluctable et avec douce ironie, t'en accommodais,
Au-dehors, soumises à la flamme de tes convictions, les montagnes fondaient.

Toujours enclin à la plaisanterie, curieux de tout, avide de confidences,
Tu questionnais sans cesse tes amis, te riant de leurs pudiques silences.
Et la pénombre s'éclairait alors de minuscules lucioles dorées
Qui sautillaient au fond de ton regard enfantin, tout pétillant de gaieté.


Aujourd'hui tu n'es plus et, orpheline de toi, la terre se désole.
Anxieuse, elle guette un signe… Il suffirait d'un rien pour qu'elle se console !
Au léger souffle de la lune, elle se surprend à s'essuyer les yeux,
Et ton image radieuse lui apparaît soudain surgie du plus profond des cieux.


Monia

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