Le jardin de Dieu par Monia


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Au royaume de Dieu, le ciel et la mer avaient uni leur bleu en mariage d'amour,

Borâq hennit joyeusement... La nuit le caressa de ses yeux de velours...

L'animal ploya le genou, une boucle de saphir s'en vint orner sa crinière...

L'aile blessée guérit miraculeusement... Subjugué, tu te laissas glisser à terre.




L'herbe d'azur reçut tes pieds nus en la fraîcheur intense de sa douce rosée,

Le cheval se coucha sur le flanc... Ses longs cils clignotèrent sur ses yeux argentés.

Emu de son extrême lassitude, tu entouras son cou de tes mains diaphanes,

Un symbole de tendresse en jaillit qui s'imprima sur ses rênes en léger filigrane.




L'air te grisa les sens de ses effluves de roses et de jasmin,

Borâq soupira de quiétude... Une torpeur bienfaisante lui fit refuge de son sein.

Attentif à ne pas l'éveiller, tu demeuras immobile, blotti en sa chaleur,

L'aurore sortit de son lit arc-en-ciel... Paresseuse, elle étira sa blondeur.




Au passage de ses tresses soyeuses, la musique divine se répandit en flots,

Un papillon translucide se posa sur ton front... Borâq remua ses sabots.

Les fleurs s'inclinèrent en révérence, gracieuses corolles à leurs petites têtes,

Les tiges entamèrent une verte farandole, un brin de muguet agita ses clochettes.




Au royaume de Dieu, le fleuve et la forêt avaient uni leur brume en mariage d'amour,

L'arche de Nouh* en surgit lentement, voile de nacre sur la crête du jour.

Le jardin s'emplit de murmures rieurs, une brise d'émeraude échevela la clairière,

Borâq gémit en son sommeil idyllique... Une jolie tulipe le baisa aux paupières.




Un crissement furtif sur la mousse luxuriante attisa ta curiosité,

Les buissons écartèrent leur frange touffue, les arbres pointèrent le bout de leur nez...

Une gracile créature apparut qui se nicha sur ton coeur en un bond aérien...

L'or de vos deux regards fusionna vivement en la clarté sereine du matin.




Une mystérieuse alchimie vous poussa l'un vers l'autre en un élan passionné,

L'ombre grise se fit chatte-gitane, ses pattes frêles esquissèrent un charmant menuet...

"Créature de Notre Seigneur" t'écrias-tu, enivré d'une si belle affection,

"Reflètes-tu la réalité ou serais-je encore la proie d'une trompeuse illusion ?




- Ami humain"se vexa l'animal : "Pourquoi entretenir de si vilaines pensées ?

Serais-tu si aveugle que tu ne puisses reconnaître en moi l'âme défunte d'un mutin feu follet ?

Voici six ans déjà que je divague en ce lieu de merveille dans l'espoir secret de t'y accueillir...

Je ne suis pas mirage comme la nuée rose... Un esprit pur comme le mien ne saurait te mentir !





- Charmante amie !" répondis-tu, navré. "Loin de moi l'idée de te porter ombrage...

Je te devine préoccupée.. Quelles sont ces deux silhouettes qui courent en ton sillage ?

Parle-moi car je ressens en mon être le flux tourbillonnant de tes pensées...

L'angoisse te ronge, mignonne créature... Tu peux la partager avec moi, si cela te plaît !




- Elu de Dieu" balbutia la chatte : "Le temps court plus vite sur terre, bien plus qu'il ne faudrait !

Tu viens à peine d'arriver en ce jardin béni alors que là-bas dix mois sont déjà écoulés !

En cet instant précis, mon frère chien scrute de son museau roux la ligne d'horizon...

Notre soeur bien-aimée en franchit le seuil tranchant ce matin... Je voudrais éviter qu'elle se blessât au front !




Campé sur son minuscule derrière, un chaton sombre t'épiait aux abords d'un fourré,

Un chien le rejoignit bientôt sur le chemin, une oreille pendante aux aguets...

Au cristal de ta voix, la braise alluma ton regard d'une lueur divine...

Tu t'abîmas en une profonde prière... Les nuées s'irisèrent d'une pluie opaline.




Prosterné sur les rives du fleuve, tu effleuras le sol en un geste sacré...

Borâq se leva d'un coup... Un intense rayon s'en vint percer la voie lactée...

Une ombre noire en jaillit que tu cueillis en douceur tout au creux de tes mains...

L'animal revint à la vie... Le ciel ruissela de fines perles de satin.




Au royaume de Dieu, le jour et la nuit avaient uni leurs astres en mariage d'amour,

Une rouge pénombre envahit le jardin... Le soleil se défit de ses nobles atours.

La lune demeura suspendue, à guetter le moment propice d'étirer la blancheur de ses ailes...

Tout en bas, Borâq galopait en silence, quatre petites créatures lovées entre ses ailes.








* Nouh ou Noé, croyance commune aux religions musulmane et chrétienne.




** Note : les animaux décrits dans ce poème ont vraiment existé. Il s'agit de Gypsy, la chatte-gitane, Youki, le chien roux, Chocolat Junior, la chatte noire et Chocolat, la minuscule chatte noire. A cette liste d'animaux chéris et disparus vient désorma
is s'ajouter Nounours. Tous reposent en paix dans le jardin de Dieu aux côtés de Massoud, un fervent ami des animaux.



Monia

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