La Nuit du Destin par Monia


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La lumière se fit intense qui inonda la Terre de ses volutes dorées,

La lune plissa ses yeux éblouis... Les étoiles scintillèrent de merveilleux reflets.

Assis sur la plus haute nuée, tu demeuras prostré en ses volants évanescents...

Une cavalcade de souvenirs déferla en ton coeur... Borâq soupira tristement.




Inquiètes de ta subite mélancolie, les fourmis entonnèrent un hymne divin,

Une échelle de corde apparut sous tes pieds... La nuit la saupoudra du saphir de ses mains.

Une à une, tu descendis les marches délicates que la soie faisait châtoyer...

Les larmes de Dieu ruisselèrent de perles roses... Le ciel se teinta d'un mauve irisé.




Très loin, tout en bas, la Flamme Divine oscillait en sa céleste limpidité,

Un chant bien connu résonna à tes oreilles... Tu te surpris à le fredonner,

Une clameur s'éleva vers toi, vibrante en son exubérance joyeuse,

Tu sautas lestement... Une nuée plus basse te cueillit en ses franges pulpeuses.




Le bonheur enflamma ton âme solitaire des ondes chaudes de la passion,

Des ombres tâtonnaient dans l'ocre de l'Eternité... Tu te figeas en un frisson.

Tes défunts compagnons étaient là qui t'entouraient de leur flamboyante amitié,

Complice, la lune scella vos retrouvailles... Le jardin gazouilla d'un écho enchanté.




"Amis humains" pépia le Roi des oiseaux : "Une autre échelle est là qui luit de ses paillettes d'or,

Suivez-la avec foi... Elle vous mènera tout droit au coffret d'un merveilleux trésor...

Attention cependant... Un seul faux pas et le vide sidéral vous engloutira à tout jamais...

Méfiez-vous, amis... car la ligne d'horizon est traîtresse en ses vertiges secrets !"




L'escalier déroula la blondeur de ses boucles charmeuses en une grâce infinie,

Le ciel s'embrasa d'une rousse lueur que l'obscurité mêla à ses sombres replis.

Tout en douceur, tu atteris sur la crête harmonieuse d'une pierre sacrée,

Un petit coffre reposait sur le sable fin... Tu en admiras la serrure ouvragée.




La clé manquait cependant... Tu la découvris sous la poussière endormie d'un caillou,

Tu t'en emparas d'un geste feutré... Le minuscule instrument se déroba d'un coup.

Attentif à ne pas le laisser choir, tu te rattrapas de justesse entre tes doigts crispés,

Tu actionnas le mécanisme... Une goutte de nacre jaillit du couvercle entrebâillé.




La sphère s'effila démesurément pour se muer en un violent tourbillon bleu,

Un ange en sortit qui étendit ses ailes immaculées sur la voûte palpitante des cieux.

La Terre apparut clairement, radieuse, merveilleusement belle en ses atours d'azur,

Tu te penchas vers sa surface... Borâq te contempla de ses immenses yeux purs.




"Nuit du Destin" supplias-tu : "Toi qui du Ramadan marques le vingt-septième jour,

Toi qui es paix et lumière sur Terre jusqu'à l'aube sereine du prochain jour !

Avant que l'Esprit et les anges ne s'envolent vers la planète de vie enlacés en la volonté de Dieu,

Permets que je t'ouvre mon âme meurtrie et te dévoile mon plus intime voeu !




J'ai emporté en moi, au jour fatal de mon terrible et infamant nauffrage,

La vision d'enfants innocents égarés sur les rives glacées de l'outrage.

Leurs graves petites frimousses sont, comme roses martyrisées, ancrées en mon coeur...

J'aimerais retirer de leurs pétales ensanglantés les épines fourchues du malheur."




Sur la plus haute nuée, Borâq t'observait de son regard incandescent,

La fontaine miraculeuse secoua ses grelots sauvages en l'air épicé du temps.

Muré en ton accablement, tu n'aperçus pas l'ange qui se tenait à tes côtés...

Une aile cendrée effleura ton épaule de ses plumes... Tu tournas la tête, étonné !




* La Nuit du Destin ou Laila al Qadr, 27ème jour du mois du Ramadan, date à laquelle le Coran a été inspiré. En cette nuit, les anges et l'Esprit descendent sur Terre par la volonté de Dieu. Cette nuit dit le Coran, est symbole de paix jusqu'au lever du
jour. Les Musulmans ont pour tradition de tourner le regard vers le ciel car Dieu les entend ce soir-là plus particulièrement. Les enfants observent le ciel dans l'espoir d'une lumière qui exaucera leurs voeux." (Le Coran raconté aux enfants de Myra Dari
dan, Editions Les Portes du Monde).



Monia

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